L’odontol : le nouveau « poison » des pauvres Camerounais férus et mordus de l’alcool?

Au moins 21 personnes sont mortes ces derniers jours dans les régions de l’Est du Cameroun après avoir ingéré l’odontol, un alcool fort produit localement et dont les conséquences sont dévastatrices pour ceux qui en consomment.

Selon la radio d’État « Cameroon Radio and Television », les arrondissements de Mindourou et d’Abong Bang ont été les deux localités ayant enregistré, jusqu’à présent, des morts subites causées par l’odontol. Des sources concordantes ont, par ailleurs, confirmé que plusieurs femmes figurent parmi les victimes.

La préparation d'odontole

La préparation d’odontole

L’odontol est une boisson artisanale produite dans certaines régions d’Afrique Subsaharienne. Fortement alcoolisée, elle est réputée dangereuse pour la santé humaine à cause notamment de son procédé de fabrication. En effet, la matière première utilisée pour l’élaboration de cet alcool est un mélange de vin de Palme, d’écorce d’arbre et de sucre. Un reliquat qui, s’il n’est pas savamment dosé, peut produire des matières toxiques mortelles.

Or c’est justement ce qui s’est passé cette semaine dans l’Est du Cameroun. Des dizaines d’individus ont été hospitalisés après avoir bu ce breuvage mortel. Une enquête a, de surcroît, été diligentée par les autorités locales pour remonter la piste jusqu’aux producteurs d’odontol.

Cette démarche a été accompagnée d’une interdiction de vente de cet alcool sur tout le territoire camerounais et ce pour une durée indéterminée. Ce type d’incidents n’est pas rare au Cameroun. Plusieurs dizaines de personnes ont succombé, durant ces dernières années, après avoir bu de l’Odontol.

Prisé par les couches sociales les plus pauvres à cause de son bas prix, l’odontol est vendu uniquement sur le marché informel. De ce fait, malgré les appels répétés du gouvernement à limiter sa consommation, l’Odontol reste hors de contrôle des autorités sanitaires. A défaut d’éradiquer le mal à la base, les autorités publiques ne peuvent, par conséquent, que fournir des aides médicales pour les consommateurs.

De l’origine d’un « poison » qui fait des ravages

Son nom vient d’une marque de dentifrice vendu au Cameroun sous le nom d’odontol. Le spot publicitaire de ce dentifrice montrait des gens souriant et riant aux éclats, état psychique qui est prêté à cet alcool.

Fabrication : les deux étapes de la fabrication de l’odontol sont :

  • la distillation
  • la rectification : séparation de l’alcool éthylique de l’alcool méthylique (toxique)

Consommation : l’odontol est habituellement vendu servi dans un gobelet en plastique

Il survient régulièrement des décès, car l’odontol de fabrication « artisanale » (donc non rectifié) contient un dérivé de méthanol, produit extrêmement toxique entraînant une intoxication méthylique.

Aspect législatif

L’odontol fut prohibé au Cameroun dans les années 1970. De nos jours, sa consommation est tolérée, bien que la loi camerounaise ne le permette pas.

Questionnement épistémique autour d’un drame collectif

Sous réserve des résultats des enquêtes que produiront, à coup sûr, les équipes de santé du département du Haut-Nyong, quelques questions méritent d’être posées :

  • Puisque tout serait parti d’une consommation de ce breuvage dans le village Nkouak et ses environs, où les populations locales célébraient diverses occasions festives, dans quelles conditions plusieurs personnes ont-elles bu l’odontol au point d’être victimes, quelques heures après, des troubles de vue et des pertes de conscience ?
  • Comment comprendre que des férus et mordus de cette boisson artisanale puissent mourir collectivement et sur le champ alors que c’est leur besogne quotidienne ?
  • Le récipient contenant de l’odontol du livreur habituel était-il bien nettoyé ?
  • Avait-il(le livreur habituel), par mégarde, enfoui des produits toxiques dans ce récipient au point de créer, incognito, des déterminants d’un empoisonnement collectif ?
  • Dans un contexte camerounais, où l’imaginaire populaire pense, culturellement, que la saleté ne tue pas l’Homme noir, le récipient détenant l’odontol n’était-il pas insalubre toute chose mélangée à la toxicité de cette boisson a débouché sur le pire ?

Des équipes du ministère de la Santé publique de ce département doivent impérativement s’atteler à répondre à ces questions en vue de décrypter la causalité efficace et efficiente du drame collectif, dont le nouveau « poison » des pauvres est à l’origine.

Serge Aimé Bikoi
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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

Une réflexion au sujet de « L’odontol : le nouveau « poison » des pauvres Camerounais férus et mordus de l’alcool? »

  1. A coup sûr cet brevage tueur a ete transporté dans un recipient qui n avait encore servi a l usage comestible. Pour moi, je pense que puisque la commande eteait plus que d ordinaire le livreur a utilisé un recipient contenant un produit toxique, genre herbicide ou autre. Bien verifier ces bidons et fût svp avant usage.

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