L’hypocrisie et l’orgueil démesuré des chrétiens (2)

desous… Il est courant de voir ce chrétien mener une vie au-dessus de la moyenne. Il oublie justement qu’il a une vie privée à gérer, des ressources familiales à conserver pour le bien de tous. Il est obnubilé par des promesses fallacieuses et est prêt à demander la bénédiction pour la bonne marche de son business alors que…

… Ses employés n’ont pas de salaire depuis des mois

Comme il m’arrive souvent d’assister aux cultes les dimanches quand ça me chante, je rigole toujours devant des situations de pures hérésies. Parfois c’est un jour de culte spécial fait au nom d’une élite qui demande une prière pour le succès de son business, ou alors d’un simple culte qui se termine par la remise des dons pour la rénovation, la réhabilitation ou la construction d’un édifice pour, disent-ils, « le bon fonctionnement de la paroisse ». Parfois c’est la maison du pasteur qu’il faut construire, le forage à aménager, l’électricité ou la peinture à faire ou même la voiture du pasteur à acheter. Tout un tas de trucs dont les pasteurs ont l’art d’imager pour mener une vie douillet au détriment des pauvres ouailles. Généralement se sont des jeunes désespérés à qui on promet mont et merveilles par la grâce de Dieu et non pas par le combat pour affronter les dures réalités du chômage.

Pour être plus explicite, j’ai un jour eu l’honneur de voir un patron que je connais bien déposer en don un pactole de quelques millions alors que quelques jours ou quelques heures auparavant, les employés de sa PME faisaient du sit-in devant ses bureaux pour réclamer leurs salaires non payé depuis quelques mois. Un simple coup de fil à la police ou à la gendarmerie a réglé l’affaire en dispersant les grévistes par des intimidations du type : « troubles à l’ordre public ». Parfois même, le grand boss n’a pas besoin de ces forces de l’ordre. Il suffit qu’il brandisse une probable menace de licenciement du genre : « Si vous ne voulez plus travailler, démissionnez tous, j’ai plein de demande d’emplois sur ma table ». Cela suffit aussi pour que tout le monde se jette à la besogne craignant de se retrouver dans la rue un de ces quatre matin. Il va même jusqu’à corrompre les inspecteurs du travail qui vont à leur tour tenter d’intimider aussi les grévistes en brandissant les lois que lui seul sait manier malicieusement. Que faire sinon que de cesser le sit-in ? Dans une société où la corruption est érigée en vertu et où l’emploi est une mine d’or qui ne tient que sur un fil d’Ariane, le choix est vite fait : supporter et travailler même sans salaire. La situation pourrait changer un jour. On ne sait jamais. Pendant ce temps, les pasteurs sont aux anges et ignorent souvent que les dons qu’ils reçoivent sont les fruits du travail des pauvres qu’on a exploité pour venir faire le « m’as-tu vu ? » à l’église. Le pire est qu’il y a même des pasteurs qui le savent et ne se soucient pas de ceux pour qui ils servent l’église au point d’oublier même les enfants. Alors que…

… Jésus a montré lui-même l’exemple

Raphaël est un petit garçon de six ans. Toujours jovial comme personne n’aurait imaginé. C’est le fils du voisin, Marcel, pour qui j’ai un profond respect de par sa stature de magistrat. L’assiduité aux activités paroissiales a fini par rapprocher ma famille et quelques voisins les plus proches. Rapha, de son petit nom, est un habitué des visites inopportunes. Chez nous, il est devenu presque un enfant de la famille. Même chez d’autres voisins, c’est pareil. Un jour de l’après-midi très ensoleillé, allongé à même le sol pour ressentir la fraîcheur des carreaux, je suis surpris par un cri trident provenant de chez Marcel. Ce cri ne m’était pas habituel depuis que j’habite ce quartier résidentiel de Douala. Je viens aux nouvelles et j’apprends curieusement que Rapha pleure pour un poisson braisé qui lui a été refusé. Que s’est-il passé ?

Comme d’habitude, Rapha a atterri par hasard chez un voisin, le prénommé Benoît. Celui-ci avait eu la visite surprise du curé de la paroisse du coin. Lors du déjeuner servi à son hôte, il a fait fi de remarquer la présence du petit garçon qui observait tranquillement. Nul doute qu’il espérait quelque chose. Après que le pasteur ait vidé tout le couvert, sans oublier la bouteille de vin rouge qui était bien au frais, Rapha est sorti et a donc déclenché ce cri qui m’a fait sursauter. Il hurlait et courait dans tous les sens. Dès qu’il arrive à la maison, sa pauvre maman veut s’enquérir sur ce qui arrive à son fils en vain. Olivier, le fils de Benoît, qui suivait Rapha dans sa course folle, débarque aussi et crie à tue-tête en s’adressant à son copain de voisin en disant : « Rapha, vient, papa t’appelle. Viens manger » et au pleurard de répondre avec une colère démesurée : « Laisse-moi, laisse-moi ». Sur le coup, tout le monde a compris ce qui s’était passé. Il a fallu l’intervention de Benoît qui a plutôt choisi de venir lui-même avec un plat bien garni pour calmer le petit Rapha qui, selon moi, avait raison.

Ces attitudes banales sont loin d’être anodines et cette manie de réserver les choses les plus juteux aux hommes de Dieu est récurrente chez les chrétiens. Une sœur aînée pour qui j’ai le respect pour son engagement dévoué et passionné à la religion catholique a désormais pris le plaisir de recevoir les hommes de Dieu chez elle en les mettant au petit soin. Je ne suis pas contre le fait de réserver ce qu’on a de meilleur dans son grenier aux hôtes qui vous sont chers. Il serait inutile d’attendre la bénédiction du Très Haut si vous êtes incapables d’accorder à vos proches la même attention. Le pasteur qui mange en présence des enfants et qui ne les invite pas à sa table est-il digne d’être considéré comme un homme de Dieu ? Pourquoi les chrétiens pensent-ils naïvement que Dieu bénira cet acte aussi ignoble ? Pourquoi sont-ils si aveuglés par cet homme de Dieu qui n’est d’ailleurs qu’un simple homme ? Pourquoi pensent-ils que la bénédiction du pasteur qui a bien mangé et bien bu les amènera tout droit au Paradis, s’il existe même ? La réponse à ces questions, est toute simple. Elle se trouve dans notre histoire. Oui, oui, encore l’histoire coloniale. Elle nous suit et nous suivra toujours, coûte que vaille.

Le mythe de l’homme Blanc, homme tombé du Ciel

Je me rappelle d’une histoire que nous avaient contée mes instituteurs de l’école primaire et qui faisait allusion au nom que les autochtones Douala et premiers à avoir aperçu les Blanc dans un bateau donnaient à ces étrangers. Ces paysans prirent d’abord peur et avec le temps, et par naïveté, ils se rendirent compte que ces hommes à peau blanche étaient des hommes extraordinaires, des « hommes de l’eau », après ils les appelaient des « hommes tombés du Ciel ». Cela est compréhensible surtout pour ces paysans qui n’avaient jamais imaginé qu’il existe des êtres humains de peau blanche, encore moins des êtres humains qui pourraient venir de l’autre côté du fleuve. Cette situation a heureusement été favorable à ces blancs donc l’objectif était justement de dompter ces paysans en leur donnant l’impression d’être vraiment des hommes exceptionnels. C’est de cette manière que les prêtres catholiques ont réussi à pénétrer les contrées les plus reculées pour s’implanter. Ces pasteurs n’ont donc pas fait de miracle pour extorquer, oui je pèse bien mes mots, extorquer des centaines d’hectares de terrains aux camerounais qui pensaient et pensent toujours bien faire. Pas de surprise donc à constater que, après l’État, les catholiques sont les plus grands propriétaires fonciers. Pourtant l’accès dans les écoles, les dispensaires et autres dont les capitaux viennent des dons et des dîmes des chrétiens et des des paysans, n’est pas du tout gratuit. Je vous fais fi de toutes les conséquences néfastes que cette religion a faites et continue de faire au Cameroun, et même en Afrique. Cet esprit de supériorité de l’homme en soutane demeure ancrer dans les esprits jusqu’aujourd’hui à tel enseigne que le mythe de l’homme Blanc a traversé les frontières de la race pour que même les Camerounais se confondent dans la nasse pour être considéré, à la limite, comme des demi-dieux.

Ces pasteurs et églises ont toujours bénéficié des privilèges à n’en point finir et qui s’avèrent aujourd’hui être la source des frustrations de certains fidèles qui pensent que ces pasteurs des religions chrétiennes ne sont simplement que des escrocs qui utilisent la naïveté des uns et l’hypocrisie des autres pour assoir leur hégémonie de la philosophie judéo-chrétienne.

… et le mythe de la croyance judéo-chrétienne

L’hypocrisie la plus criarde des chrétiens Camerounais demeure dans les pratiques religieuses qui veulent que le chrétien ne doit, en aucune façon, se plier aux injonctions de la coutume ancestrale qui est considérée comme des pratiques sataniques. A la lumière du billet d’un petit écolier qui emmerde les chrétiens, je me souviens avoir entendu de la bouche d’un pasteur au cours d’un culte que le bon chrétien ne doit pas se mettre au service des rituels traditionnels comme « le culte des crânes » comme le fait le peuple Bamiléké de l’Ouest du Cameroun. Pourtant, beaucoup de chrétiens le pratiquent le jour comme la nuit, au vu et au su de tout le monde. Certaines élites qui se disent chrétiens sont des notables de la cours royal de leur village d’origine. Que va-t-on alors dire du Roi qui est lui-même un chrétien alors que les lois coutumières stipulent qu’il est le gardien de la tradition ? Que vont devenir ces religions africaines qui se voient délaissées, je dirais même hantées par ceux qui sont supposés les garder, les protéger ? Hypocrisie, comme tu nous tien.

Tchakounté Kémayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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