L’hypocrisie et l’orgueil démesuré des chrétiens (1)

dyn003_original_350_234_pjpeg_2623717_2ae56e93d3e67fef47120c7eae66f372Qu’il me soit ici permis, après une semaine pascale d’euphories et bien remplie et chargée de symboles bibliques, de condamner véhément ces contradictions récurrentes dans la vie quotidienne que mènent les chrétiens. Ces comportements qui ne dateraient pas d’aujourd’hui, sont malheureusement liés à cette tendance doctrinale qui inhibe toute rationalité pour laisser la place à l’émotion. Selon la Bible, Dieu -le créateur du Ciel et de la Terre et même de l’Univers- nous a créé à son image et nous a doté du libre arbitre. Quel est le sens que nous devons alors donner à nos actions ? En d’autres termes, quel doit être le mobile de nos actions, ou encore qu’est-ce qui doit commander nos actions : Dieu ou la pensée ? La réponse à ces questions paraît évidente chez les chrétiens pour qui c’est la spiritualité qui sauve l’âme. Elle est donc libératrice. Mais, paradoxalement…

…« Si vous cherchez le meilleur endroit où règne la dictature, aller dans les églises »

Il faut d’emblée signaler que le présent billet vise en général toutes les religions sans distinction même si ce sont les chrétiens et plus particulièrement les catholiques, les protestants et les nouvelles églises dites de réveil, les enfants d’un même père bien qu’ayant les mères différentes, qui vont faire l’objet de ma diatribe. Il s’agira pour moi de dénoncer avec force des attitudes quotidiennes qui ont l’air d’être banales et dont les conséquences allient, à la fois, de l’indifférence au mécontentement, de la pitié à la frustration et de la déception à la démission voire à l’athéisme total des partisans invétérés de l’esprit critique. Ne peut-on pas alors rejoindre K. Mars pour qui « la religion est l’opium du peuple » ?

Ces actes banals et quotidiens révèlent au grand jour comment la spiritualité est opposée à la rationalité. Quel est même ce Dieu des chrétiens qui interdit à ses créatures de mieux le connaître ? En d’autres termes, comment peut-on le connaître sans raisonner ? A quoi servirait la raison dont il nous a fait grâce pour affronter les défis spirituels en ces temps modernes où les dangers peuvent se retrouver même dans des endroits les plus insoupçonnés ? Pour couper court à ces lancinantes interrogations, j’ai fini par comprendre, sans être prétentieux, les raisons pour lesquelles la religion est devenue le lieu où se cachent les gens malintentionnés. C’est là tout le fondement de la religion, à mon avis. C’est aussi ici que les concepts d’extrémisme et de terrorisme, avec les dernières actualités à l’Université kényane de Garissa, trouvent toute son importance. Cette rationalité qu’on interdit en milieu religieux, est probablement, la source de l’extrémisme dont les conséquences, à la lumière de Guillaume Djondo dans un billet fort captivant intitulé « L’amour, moi et la foi », trouvent leur nid dans l’intolérance :

Aucun droit de réponse, aucun droit de critique, aucun droit de soulever le voile sur des contre-vérités, aucun droit de contester les décisions qu’on vous impose, aucun droit de se soustraire aux cotisations même si vous n’en avez pas les moyens. Bref… Il n’y a aucun droit existant. Il n’y a que des devoirs dans les ministères. Ce qui est regrettable, c’est que ces façons de museler les fidèles les abêtissent, leur ôtent tout discernement, les rendent fanatiques.

On est prêt à tout pour l’église au nom de Dieu au point, non seulement, de se donner la mort, mais pire de la donner aux seùblables au nom de celui dont on est sensé servir.

Les plaies sociales sont tellement profondes à tel enseigne que la solution la plus efficace et la plus urgente ne viendra pas seulement en amont comme l’a si bien souligné fort opportunément Jean Hubert dans « Kenya : nouvelle folie des shebabs, 147 morts », mais aussi en aval dans le changement des comportements des ouailles par l’éducation ou la formation de ce que j’appellerai « Le nouveau type de religieux ». L’objectif de ce billet n’est pas de développer toute une théorie philosophique sur cette problématique, mais de présenter, comme les sociologues savent si bien le faire, quelques exemples non exhaustifs de comportements atypiques, caractériels et contradictoires qui m’horripilent au plus haut point quand j’y pense en cogitant sur les maux de notre société. Mais, avant d’y arriver, un petit mot sur le concept du sacré.

Les ministres de cultes sont-ils des hommes ordinaires ?

Pour répondre à cette question, je vous propose une autre qui faciliterait mieux ma démarche : La religion chrétienne est-elle une institution sacrée ? Sans hésiter, la réponse est toute simple comme la question elle-même : Oui, puisqu’elle est divine, comme toutes les religions, d’ailleurs. En même temps, qu’allons-nous dire du mariage ? Qu’il n’est pas aussi sacré ? Pourtant, il l’est, justement. Pourquoi la religion chrétienne s’opposerait-elle à la rationalité alors que dans le cas du mariage, il revient à chacun de choisir librement, en toute âme et conscience, son ou sa partenaire, son régime matrimonial, son lieu de domicile, le nombre d’enfants, etc. ? Bref, sauf si je me trompe, je ne trouve pas de décisions prises dans le cadre du mariage et qui ne feraient pas appel à un jugement de valeur, petit soit-il.

En Afrique, et peut-être aussi ailleurs, la religion est donc, par excellence, un domaine sacré où ceux qui tiennent le rôle de guides des ouailles, de ministres de culte chez –peu importe le nom qu’on donnerait à ces gens que j’appelle des prédicateurs– sont considérés comme des hommes infaillibles, pour ne pas dire des hommes « parfaits ». Cette règle, ou mieux cette coutume qu’ont des églises de considérer les affaires de Dieu comme des choses taboues, des choses auxquelles aucune opinion n’est permise, me laisse toujours perplexe. Les hommes de Dieu, les ministres de cultes, les pasteurs, ou les prêtres ont toujours été ces personnes à qui une âme en peine ou un secret peuvent être confiés sans crainte et pire encore des personnes à qui tous les privilèges, du plus luxueux aux plus sacrés, sont accordés parfois au détriment de ceux pour qui leur mission pastorale doit s’exercer. Et cette question qui est toujours restée sans réponse me hante l’esprit chaque fois que je cogite : la religion confère-t-elle ses attributs de sacré aux hommes qui les dirigent ? Autrement dit, les hommes de Dieu sont-ils des personnes moins infaillibles que les hommes ordinaires ? Pour faire simple, prenons la citation célèbre d’un philosophe qui disait à juste titre : « Les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel » et faisons maintenant une digression et nous obtenons la citation suivante : « Les hommes sont faillibles, les pasteurs sont des hommes, donc les pasteurs sont faillibles ». Même comme cette vérité paraît évidente pour tout le commun des mortels, pour les chrétiens par contre, dans les faits, ce n’est pas du toujours le cas.Tenez par exemple : le verset biblique selon lequel…

…« Qui donne aux pauvres prête à Dieu »…

… Ne trouve pas toujours un écho favorable chez ces chrétiens qui préfèrent tout donner, même leur vie, au pasteur au nom de l’église, donc de Dieu. Pour les habitués des milieux chrétiens comme moi, il devient très courant d’être confronté aux comportements et agissements de ceux dont la prétention est d’être plus juste. Les chrétiens ont rarement cette culture de la distanciation de leurs activités religieuses avec celles liées à leur vie professionnelles et familiales ou privée. La confusion est telle que la religion devient une priorité pour eux. Loin de moi la prétention de les juger, mais juste que ce comportement donne à penser que secourir un malade, un orphelin, un handicapé ou soutenir un jeune ambitieux qui veut sortir du chômage ou je ne sais qui d’autres, est moins important que donner la dîme à l’église.

Un chrétien aisé aime se faire courtiser par ceux qui ont besoin de son coup de pouce. Cet orgueil malicieux semble faire son affaire car ça lui donne l’impression d’être un homme important voire indispensable. Au lieu de s’en tenir à ce confort psychosociologique que lui confère la théorie des besoins de Maslow, il en profite par exemple pour montrer son muscle buccal par un coup de gueule à son jeune frère cadet venu solliciter son soutien :

Tu crois que je ramassage l’argent-là ? Vous les jeunes d’aujourd’hui, vous ne voulez rien faire et vous croyez que la vie est facile ? Lorsque grand-mère était hospitalisé tu n’as pas eu le temps de lui rendre visite et comme si ça ne te suffisait pas, tu as bouffé son argent de tontine qu’elle t’avait supplié d’aller remettre à sa copine. Voilà encore sa tension qui a recommencée depuis l’autre jour, tu es même au courant ? Brice (le fils de l’homme chrétien, ndlr) a appelé hier pour dire qu’il faut renouveler sa carte de séjour en France et sa rentrée académique me coûte 2 millions de Fcfa chaque année… On ne voit ta grosse tête que quand tu as besoin de sous. Fainéant. Quitte devant moi. Ne t’hasarde même plus à m’approcher. Sorcier.

Bref, tout un tas de trucs blablablas dans le but de rabrouer le pauvre petit qui finit par comprendre qu’il a cogné à la mauvaise porte et qui, le dimanche suivant, est surpris de voir ou d’entendre les nouvelles selon lesquelles son frère aîné qui se plaignait de manquer des sous a fait un don au pasteur. On refuse le soutien à ce jeune parce qu’il a commis des fautes graves comme si le pasteur ne pourrait être coupable de rien. On ferme les yeux sur les fautes graves du pasteur qui rackette sous le couvert de l’église mais on les ouvre pour voir celles de son frère, son voisin, l’inconnu et je ne sais qui d’autres. Des comportements de ce type sont légions et je suis chaque fois amusé de voir des scènes spectaculaires où un chrétien donateur s’exalte et s’exhibe devant l’autel pour que le public sache que c’est lui qui a donné plus ou encore c’est lui qui est le préféré du pasteur. Celui-ci, à son tour, ne tarde pas à prendre le micro pour lui rendre la politesse en l’élevant par des louanges à travers un message que seul un escroc a le secret : « Chers frères et sœur en christ, voici un homme exemplaire. Faite comme lui pour mériter la grâce du Seigneur ». Et pourtant…

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Tchakounté Kémayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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