Les logements sociaux au Cameroun sont-ils un luxe ?

Les logements sociaux au Cameroun sont-ils à la portée de tous ? Ce n’est qu’un secret de polichinelle que de dire des logements sociaux qu’ils sont un luxe. Pour le dire justement, il faut absolument détenir des chiffres sur la situation du logement social au Cameroun. Il est, aujourd’hui, impossible d’avoir ces chiffres-là pour la simple raison qu’ils ne sont pas actualisés. C’est justement pour comprendre cette situation qu’il est fortement recommandé de se référer aux derniers qui datent de 2010. Donc, vieux de presque 7 ans déjà. Publiés par l’Institut National de la Statistique (INS), ces chiffres sur le logements étaient issus d’une enquête sociologique. Celle-ci avait donc pour objectif de « produire des indicateurs pour suivre et évaluer l’évolution, par rapport à l’année 2005, de l’emploi et du secteur informel au Cameroun ».

Il est donc établit qu’il n’existe pas une enquête spécifique pour le logement social au Cameroun. Ce qui m’aurai permis de faire une démonstration scientifique afin de montrer que le logement au Cameroun reste un luxe. Qu’à cela ne tienne, les chiffres de 2010 feront l’affaire, pourquoi ? Puisqu’il y a des éléments évidents de luxe et pas les moindre. Mais, avant d’y arriver, un bref état des lieux s’impose.

Logements sociaux en construction à Douala

Logements sociaux à Douala, site de construction de Banga-Bakoko. Crédit photo Ministère de l’habitat et du développement urbain

Logements sociaux : états des lieux

En 2014, le site d’actualité camerounais Investir Au Cameroun, publiais un article qui donne un aperçu sur l’état des lieux. Evidemment, le site du Ministère de l’habitat et du développement urbain ne donne pas ce détails important. Pour une population estimée à peu près à 22 millions d’habitants, le déficit de logements sociaux est estimé à presque 1,3 million d’unités. C’est un déficit, dit le journal, officiellement connu et rendu public. Mais, la question qui reste fondamentale est celle de savoir quel est le nombre d’unités déjà disponible et celles à venir.

Cependant, ce qu’il faut savoir, c’est que, selon le même site d’information, depuis sa création du Crédit foncier du Cameroun (CFC) en 1977, celle qu’on appelle la banque de l’habitat au Cameroun a octroyé des crédits d’un montant total de 261 milliards de francs Cfa, Cela fait donc un bilan total de 69.500 logements et de 15.700 parcelles d’aménagements viables et constructibles. Cette information, relayée par le site d’informations économiques Ecofin, a été rendue public le 24 mai 2014. C’était à l’occasion de l’inauguration du nouvel emplacement siège de agence du CFC d’Ebolowa, dans la région du Sud.

Au vue de ces chiffres qui restent encore à actualiser, il est donc convenu que le Cameroun présente un très grand déficit en matière de logements sociaux. Ces chiffres qui datent de 2014 sont à actualiser parce que c’est un secteur économique en perpétuel croissance. Les experts vont même plus loin en estimant que, selon la présence de promoteurs immobiliers et d’aménageurs privés, « seulement 50% de la demande est satisfaite ». Ce pourcentage reste inchangé malgré un intérêt croissant manifesté de plus en plus par certaines collectivités locales décentralisées qui s’investissent dans la promotion du logement social. Question : à qui la faute ?

Les logements sociaux ne sont-ils réservés qu’aux aux riches ?

Cette enquête de l’INS datant de 2010 présente une sentence sans équivoque : le chômage et les emplois précaires sont les principales sources de mauvais logement. L’argent reste le maître-mot puisqu’il implique plusieurs paramètres. L’un d’eux reste la cherté des matériaux de construction. Pour ceux qui n’ont pas encore d’espace de lotissement, il faut ajouter l’accès difficile et onéreux à la propriété foncière. Ce paramètres reste l’un des plus importants dans l’accès à la propriété parsemé d’obstacles infranchissables au petit payant. Il devient donc évident que pour une population au pouvoir d’achat relativement faible, le logements soit un luxe.

Il ne serait pas question ici de traiter le cas spécifique des logements sociaux. Puisque ce type de logements n’est sociaux que de nom, il est difficile de faire une distinction avec d’autres types de logements. Ainsi, si les logements sociaux sont considérés comme des habitations réservées aux pauvres, au Cameroun, ils sont plutôt réservés aux riches. Sinon, comment comprendre le privilège accordée aux cadres de la sécurité présidentielle par l’octroi de 60 logements ?

Le 13 janvier 2013, le gouvernement camerounais fait une communication sur un projet de construction des logements sociaux. Il s’agit d’un projet de construction de 10.000 logements sociaux et de 50.000 parcelles constructibles. Les deux grandes villes, Yaoundé et Douala, bénéficieront 4.500 logements sociaux. Actuellement, le site internet qui gère l’octroi de ces logements, affiche un total de 1.675 logements sociaux déjà disponibles dont 500 à Yaoundé et 1.175 à Douala. Il faut débourser en moyenne 16 à 23 millions et demi.

L’état des logements sociaux au Cameroun en 2010 selon l’INS

Cette enquête de l’INS ne fait pas de distinction entre les différents types de logements, qu’ils soient sociaux ou non. Il s’agit ici de l’état de logement en général selon les paramètres sociaux précis. Il sera question de mettre en exergue l’état de déliquescence du logement au Cameroun. Seront pris en compte le statut du logement, le confort et l’équipement des ménages au Cameroun.

Le statut du logement

Logements sociaux au Cameroun et statut d'occupation

Logements sociaux au Cameroun et le statut d’occupation

Selon l’INS, d’abord, 48,5% de ménages sont propriétaires de terrain sans titre foncier. Ensuite, 32,6% de ménages sont en location (dont 32,2% en location simple). Enfin, 7,2% sont logés par quelqu’un (dont 6,0% logés gratuitement par un parent ou ami). En conclusion, seul 11,4% de ménages sont véritablement propriétaires de leur logement. C’est un constat alarmant tout de même pour le commun des mortels. Mais, il est à noter que ce chiffre est en hausse. Les enquêtes de 2005 montrent un pourcentage de 3,2%. Il y a donc eu une évolution de 5%.

En quoi cela peut-il être dû ? A une prise de conscience du gouvernement qui a enfin allégé les procédures d’obtention de titre foncier ? On pourrait aussi estimer que les propriétaires ont réussi à avoir le montant d’argent qu’il fallait pour l’achat. Après l’acquisition d’une parcelle, il y a la question du confort qui se pose. Cette question se pose également pour des locataires. Bref, que fait-on allusion lorsqu’on parle de confort ?

Le confort du ménage

Logements sociaux et toilettes améliorées

Logements sociaux et possession des toilettes améliorées.

Qu’ils soient en propriété ou en location, les Camerounais sont confrontés au mal-être. Celui-ci fait allusion aux éléments matériels qui entre dans le cadre du confort et du bien-être des ménages. Parmi ces éléments de confort, il existe des matériaux du mur et du sol. Sans oublier aussi l’un des éléments important dans le confort d’un ménage : la disponibilité et la situation des toilettes. Celles-ci prennent le nom de toilette améliorées pour désigner celles qui sont nanties des installations d’assainissement améliorées. Elles doivent être équipées de raccordement soit au tout-à-l’égout, soit à une fosse septique. Les latrines à chasse rudimentaires, à fosse améliorées et auto-ventilées,et à fosse avec une dalle ou couvertes sont considérées comme des toilettes améliorées.

Au Cameroun, 54,6% de ménages disposent des toilettes améliorées. En faisant la comparaison entre zone urbaine et zone rurale, la différence est notable. Ainsi, 80,3% des ménages urbains disposent de toilettes améliorées contre 35,6% en zone rurale. Pour ce qui concerne les matériaux de construction, 48,8% de ménages vivent dans une maison en matériaux définitifs. L’utilisation du gaz, l’accès à l’eau et à l’électricité sont aussi des indices de confort. Ainsi, 21,7% des ménages utilisent le gaz pour la cuisine et 60,1% ont accès à l’électricité. L’électrification en milieu rural (35,1%) reste encore très problématique. Pour ce qui concerne l’accès à une source d’eau, à ne pas confondre avec la disponibilité, 62,6% des ménages sont proches d’une source.

L’équipement du ménage

Logements sociaux au Cameroun

Logements sociaux et équipements des ménages au Cameroun.

Le cadre de vie doit avoir des commodités. Les éléments de commodités représentent des biens durables jouant, à la fois, le rôle de rangement ou celui d’usage. C’est ainsi qu’on peut avoir pour usage, sans exhaustivité, comme matériels les plus populaires : le poste radio (57,0%), le poste de télévision (47%), le téléphone portable (68,8%) et l’ordinateur (7,2%). Ces chiffres nous montrent bien que le téléphone portable est le bien le plus prisé. Quelques statistiques officieuses montrent même que ce chiffre est en hausse permanente. Pour preuve, les chiffres de la présente enquête représentent le double de celle de 2005. Certainement que le phénomène d’internet et les réseaux sociaux y sont pour quelque chose.

Quant à la possession des appareils électroménagers dans les ménages, la proportion est excessivement faible. Les Camerounais estiment effectivement, que le fer à repasser électronique, le réfrigérateur, le congélateur et la cuisinière ne sont que des produits de la modernité. Difficile donc, en dehors du fer à repasser électrique, de les retrouver en zone rural.

Pour ne pas conclure

En conclusion, les logements sociaux au Cameroun, compte tenue de son prix, ne sont pas à la portée du premier venu. De même, se passer des logements sociaux et se loger en se débrouillant tout seul n’est pas évident. Quelle est alors la conduite à tenir d’un jeune chômeur ou emploi précaire pour se loger ? Evidemment, la réponse idéale ne serait pas de solliciter un logement social qui jouerait le rôle de régulateur social. A qui la faute, finira-t-on par se questionner ? Logements sociaux et politique d’emplois vont de paire.

Ce billet est ma contribution à la campagne #LogementsSociauxCmr initiée par les blogueurs du Cameroun. Le prochain contributeur est Christian-Williams Kakoua. Il nous servira un billet sur « Le calvaire des locataires au Cameroun » sur son blog kakus.overblog.com.

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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