Jeunesse camerounaise : Une solidarité agissante

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Les élèves du Collège Alfred Saker de Douala

S’il existe un mot pour qualifier la jeunesse camerounaise, à l’unanimité on parlerait de l’irresponsabilité. Cette tare si présente dans nos mœurs et qui fait de cette couche de la population des persona non grata dans une société la gérontocratie est devenue comme une règle d’or de notre administration.

La guerre déclarée par Paul Biya contre la secte islamiste Boko Haram a suscité et suscite encore cet élan de générosité et de solidarité de tout le corps social à travers le pays. Le milieu des hommes d’affaire en passant par les camerounais à revenu moyen et voire la couche la plus insoupçonnée. Depuis quelques jours déjà, le poste national de la radio diffusion (CRTV) donne les nouvelles sur l’évolution des dons en nature et en espèce déjà réceptionnés et destinés à l’armée nationale déployée dans la région de l’Extrême-Nord au front contre Boko Haram.

Beaucoup d’entre nous disent de la jeunesse qu’elle serait sacrifiée et pourtant, elle ne manque pas de séduire plus d’un par des actes élogieux. Des reportages dans le quotidien Le Messager, tours lui, du 30 mars derniers sont horribles. Loin d’être un enfer, il faut dire que la situation des réfugiés de Minawao dans le département de Mokolo à l’extrême-nord du Cameroun suscite des actions collectives de la communauté d’humains que nous sommes. C’est un camp construit de bâches sur un terrain de 150 ha et extensible sur 300 ha où 33.000 réfugiés vivent sous le contrôle du HCR qui peut être débordé par l’ampleur des besoins.

Ce qui attire tout de même ma curiosité sur les donateurs depuis le début de cette campagne lancée par le ministre du commerce, c’est la présence des élèves d’une école confessionnelle catholique à Yaoundé. le collège de la Retraite, puisqu’il s’agit de lui, a marqué sa présence en lettre d’or dans la liste des donateurs à travers une contribution remarquable des élèves de la classe 6ème B. Le journal en ligne cameroon.info.net qui l’annonce dévoile que le don en nature est composé de 301 palettes d’eau minérale d’une contenance de 1 litre par bouteille et destiné à l’armée camerounaise. Et l’estimation, en valeur monétaire est de 418.500Fcfa au total. Malgré les remous que ce geste venant des élèves, je veux dire des mômes, de 6ème B a suscité à travers les réseaux sociaux, il est à saluer. Il faut quand même dire que geste est rarement vécu ici pour des raisons simple que l’exemple ne saurait venir des enfants dès lors qu’une société comme la nôtre est gangrenée de multiples maux qui aliènent son peuple. On a tout dit sur ces gamins en les allant jusqu’à les attribuer la responsabilité de notre décadence sociale parce qu’ils seraient pour les uns, des fils de hauts gradés de l’administration publique et des fils des hommes d’affaires pour les autres. Ils n’ont donc pas d’autre choix à faire que d’aider les pauvres, disent les détracteurs. Que dire alors de l’autre geste, aussi symbolique que réel, des élèves d’un collège confessionnel, mais protestant, cette fois-ci ?

La solidarité nationale qui s’empare du peuple camerounais a aussi touché le cœur de ces jeunes élèves du Collège Alfred Saker de Douala qui ont agi en faveur des réfugiés. Ici, les collégiens de Douala ont répondu présent à l’appel de l’association La Perche qui, le 24 avril prochain, envisage, avec quelques membres et sympathisants, aller toucher du doigt les réalités du quotidien de cette population victime de la barbarie de la secte Boko Haram. L’association a déjà, de manière volontaire et participative, collecté des produits alimentaires, des vêtements, de l’eau minéral pour donner du réconfort à cette population sinistré qui attend non seulement notre soutien matériel mais aussi et surtout notre chaleur humaine afin de leur donner cette espoir de vivre qu’elle a perdu.

Les conditions de vie de ce camp sont certes difficiles mais c’est loin d’être l’apocalypse. Cela dit, la solidarité nationale et internationale doit s’exprimer avec plus de force pour les réfugiés de Minawao mais aussi et surtout pour la majorité de réfugiés et de déplacés éparpillés dans la nature et abandonnés à leur triste sort. Ces jeunes élèves du Collège Alfred Saker de Douala ont donné plus de 100 morceaux de savon, quelques habits et produits alimentaires et ont promis de récidiver la semaine prochaine pour compléter leur panier de dons.

Loin de moi la prétention de trancher sur le débat digne d’intérêt et basé sur la valeur d’un tel geste venant des enfants des collèges de Yaoundé et de Douala, il me revient de droit de saluer à sa juste valeur les gestes qui vont en faveur des victimes de la barbarie humaines, de notre société. Pourquoi « digne d’intérêt » ? Parce que les Camerounais est prêt à faire quelque chose pour rien. Il serait même prêt à mourir pour cette chose à condition qu’il soit convaincu que c’est dans son intérêt. Cette attitude est universelle, et c’est une attitude rationnelle. C’est une très bonne attitude, qui est loin de la sottise.

Idées et texte : Tchakounté Kemayou, Patrice Nganang

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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