Internet au Cameroun : les jongleries des fournisseurs de la 4G (1)

J’aurai dû donner un autre titre à ce billet en posant une question : pourquoi internet est-il devenu, en un laps de temps, le produit phare des opérateurs de la téléphonie mobile ? A cette question, on serait tenté de répondre péremptoirement : parce que internet est le service le plus prisé des Camerounais.

Évidemment, cette réponse n’est pas fausse. Il suffit juste de consulter les statistiques pour s’en convaincre. Le taux de pénétration qui est de 18%, place le Cameroun au 25ème rang africain. Par contre, Le Cameroun est l’un des pays où le taux de progression de la pénétration internet est le plus élevé en Afrique. Il a presque triplé depuis l’évolution spectaculaire de la téléphonie mobile à écran tactile. Par contre, ce qui est intéressant, c’est le taux de progression de 2016 à 2017 qui est de 16,5%. Ce qui place le Cameroun en 3ème position après le Mali et le Lesotho.

Avec un chiffre de 4.305.000 d’internautes, les principaux opérateurs de la téléphonie mobile qui exercent depuis 2000 au Cameroun, trouvent là un terrain très fertile. Je peux citer entre autres, Camtel, opérateur à capitaux publics, Orange, Mtn et Nexttel, opérateurs à capitaux privés. Ce sont les quatre opérateurs de la téléphonie officiellement reconnus au Cameroun, à ne pas confondre avec les fournisseurs d’internet. Ce boom des consommateurs d’internet fait du Cameroun le pays à fort taux de pénétration. Du coup, internet représente des enjeux économiques importants. Les opérateurs qui se sont engouffrés dans cette niche boivent du bon miel en faisant du Cameroun le 2ème pays où le coût d’internet est le plus élevé après le Tchad.

Bien que ce que je vais exposer ici soit aussi observé chez les autres, je me suis contenté de me limiter à deux opérateurs de la téléphonie mobile. Ce sont ces opérateurs que j’ai déjà eus, à maintes reprises, d’observer le mode de fonctionnement relation-client et qualité du service. Il s’agit, bien entendu, de Orange Cameroun et de Mtn Cameroon.

Pourquoi internet est-il devenu, en un laps de temps, le produit phare des opérateurs de la téléphonie mobile ?

Je ne parlerai pas des prouesses technologiques qu’a apporté internet à travers ces opérateurs. Mais, je parlerai plutôt d’une pratique qui passe, jusqu’ici, presque inaperçue chez les consommateurs. Du moins, pour la majorité de ceux qui sont considérés comme des consommateurs réguliers d’internet : la consommation irrégulière et disproportionnée du débit internet.

L’arrivée des téléphones portables (Smartphone, Tablettes) a modifié considérablement les habitudes de communication. A moins de dix ans, les offres de services ont considérablement changé. On est passé d’appels téléphoniques et SMS aux transferts de données digitales. Les données digitales ont donc cet avantage d’effectuer à la fois des appels, des SMS, des Mails, de naviguer sur le net. On peut même dire que cette transition est une révolution de la communication. Car, c’est une transition qui a été brutale et rapide. Elle a transformé, métamorphosé le paysage communicationnel au Cameroun. Elle s’est accompagnée aussi de changements des habitudes et des modes de vie : c’est ce qu’on appelle « changement social ». Il n’y a qu’à voir comment les réseaux sociaux influencent les comportements.

Par ailleurs, si à travers internet on peut émettre des appels téléphoniques, les entreprises de téléphonie mettraient la clé sous le paillasson si elles n’investissaient pas sur internet. Du coup, internet devient le produit le plus sollicité de ces multinationales. Conséquences, les crédits d’appels téléphoniques sont vendus pour avoir un volume précis de navigation internet. Les données digitales prennent donc la place des communications téléphoniques ordinaires. Les opérateurs de la téléphonie trouvent donc là un terrain fertile de manipulation des consommations des données. Comment se manifeste-t-elle ?

Pourquoi Orange et MTN nous jonglent tous les jours avec cette histoire de Giga Data d’internet ?

Il se trouve que le rythme de consommation des volumes des données digitales fournis par les opérateurs n’est pas uniforme. Il va sans dire que scientifiquement, c’est un phénomène qui peut se justifier. Plusieurs raisons peuvent donc expliquer la variation du rythme de consommation du volume de données digitales. On peut citer entre autres : les mises à jour activés et les téléchargements. D’autres raisons, encore plus techniques, existent. Mais, pour ne pas alourdir ce billet, j’ai choisi de me limiter à ces deux-là. Elles sont les plus connues des consommateurs pour la plupart, profanes comme moi.

Les deux raisons citées plus haut comme les causes d’augmentation du débit internet ne sont pas les seules. Les consommateurs ont toujours entendu le discours selon lequel la 4G est plus consommatrice de débit. Il n’est aucunement question ici de démontrer que ces entreprises ont commencé leur jonglerie-là avec l’arrivée des téléphones portables. Il se trouve heureusement que l’un des avantages qu’internet nous a apporté, est justement la possibilité d’observer et d’enregistrer au fur et à mesure l’évolution de sa consommation. Ce qui était pratiquement impossible avec les appels téléphoniques. Même l’accès aux listing des appels n’était pas évident. Internet nous donne alors la possibilité d’observer, dans les moindres détails, l’évolution du débi.

Je suis particulièrement intéressé par le mode de consommation des données digitales pour deux raisons : premièrement, parce que je suis à la quête de l’opérateur qui propose le plus d’avantages afin de rationaliser mes dépenses, et deuxièmement, pour des raisons purement académiques afin de comprendre ce mécanisme trop complexe des « Giga Data ».

Pour ne pas conclure

Si j’ai décidé, après moult réflexions, de qualifier les pratiques de ces opérateurs de « jongleries », c’est après avoir constaté, pendant cinq mois d’observation, que le rythme de débit de la consommation du volume des données digitales était anormal. Ces trois raisons restent toujours les seuls arguments que les agents des SAV donnent aux consommateurs pour justifier la consommation rapide de leur débit. Ce qui est quand même absurde. Généralement, le consommateur ne se reconnaît pas dans ce qu’on lui reproche, à juste titre. D’où l’existence d’une jonglerie qui consiste à jouer à la fois, sur la naïveté, la négligence et l’ignorance des pauvres consommateurs.

A la fin de cette semaine, je vous livrerai ma propre expérience de connexion où je me suis rendu compte de l’existence d’une sorte d’arnaque. Une consommation anormale du débit des volumes d’internet qui frise le ridicule.

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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