Cameroun : Les raisons de la grève de la faim de l’étudiant Maben Henry de l’Université de Yaoundé I

Le 20 mars dernier, l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants Camerounais (ADDEC) fait circuler par affichage et distribution un message de sensibilisation dans lequel il est strictement demandé aux étudiants de ne pas s’acquitter des frais pour l’obtention de la carte d’étudiant qui fait en ce moment l’objet de bras de fer entre l’association et l’administration universitaire.

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Les étudiants de l’Université de Yaoundé 1 et membres de l’ADDEC en pleine campagne de sensibilisation dans le campus

En effet, c’est depuis 1993 date de la réforme universitaire au Cameroun que la bourse a été supprimée et il a été institué une inscription payante de 50.000Fcfa par an et par étudiant pour chaque université d’Etat d’après le décret Présidentiel n°93/033 du 19 janvier 1993. C’est donc depuis le début de l’année académique en cours que le Recteur de l’Université de Yaoundé I, le Pr Maurice Aurélien Sosso, a mis en application, en plus des 50.000Fcfa officiellement reconnus, une carte biométrique payable à 1.000Fcfa pour chaque étudiant. Selon les dires du Recteur, cette somme de 1.000Fcfa demandée aux étudiants ne saurait être obligatoire. Curieusement, l’observation montre bien que seuls ceux qui ont été en règle par le payement de cette somme (1.000Fcfa) ont droit à la carte d’étudiant et les autres sont donc des laissés-pour-compte. Cette pratique a pour conséquence que seuls ceux qui sont détenteurs de cette carte ont le statut d’étudiant. Dans les faits, c’est donc une entorse et un non-respect au décret présidentiel de 1993.

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Les étudiants de l’Université de Yaoundé 1 et membres de l’ADDEC en pleine action avec leurs camarades

C’est précisément en 2008 que cette décision de l’institution de la carte d’étudiant a été imposée aux étudiants selon un arrêté Ministériel N°08/0249/MINESUP du 11/11/2008. Cet arrêté indique en son article 3 alinéa (1) que : « Est considéré comme étudiant d’une institution Universitaire publique, le candidat qui a réuni quatre conditions » parmi ces conditions, nous avons, justement, en quatrième position cette énonciation : « La détention d’une carte d’étudiant en cours de validité, délivrée par l’autorité compétente ». Cet arrêté ministériel vient donc, en 2008, mettre en cause le statut de l’étudiant de l’université publique accordé par le décret présidentiel en 1993. Plus grave encore, le payement d’une assurance à 5.000Fcfa pour chaque étudiant entre aussi dans le même registre.

Beaucoup d’étudiants qui confirment que l’établissement de la carte d’étudiant coûtant 1.000Fcfa est volontaire et non obligatoire s’insurgent en même temps du fait que, dans la pratique, ils se retrouvent butés par les conditions d’accès à certaines prestations universitaires qui exigent aux étudiants demandeurs une carte d’étudiant. Par exemple, l’accord entre l’assureur AXA ASSURANCE et L’Université de Yaoundé I indique à l’Article IV alinéa (b) que « L’identification se fait à l’aide de la carte de l’Etudiant (…)» ; à l’alinéa (c) il est stipulé que « Le gestionnaire des bons de prise en charge au centre Médico- social de l’Université de Yaoundé I dispose d’un registre dans lequel il note entre autre le numéro de la carte de l’étudiant », dans l’article VI Alinéa (I) «  (…) Toute signalisation d’hospitalisation devra ressortir (…) le numéro de la carte de l’étudiant ». Il faut également tenir compte du fait que depuis longtemps des institutions sanitaires comme le Centre Pasteur du Cameroun permettent à l’étudiant de bénéficier d’une réduction (entre 30% et 50%) dans sa prise en charge sur simple présentation de sa carte d’étudiant en cours de validité.

In fine, des rumeurs faisant état de ce que l’attribution de la « Prime à l’excellence » (Aide annuelle accordée par le Président de la République aux meilleurs étudiants et au cas sociaux des universités au Cameroun) sera conditionnée par la détention d’une carte d’étudiant circule en ce moment dans le campus.  Il faut dire que l’Université de Yaoundé I n’est pas seule dans la logique de ce que l’ADDEC appelle « La subordination des étudiants » ou encore « La volonté de musellement ».

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L’étudiant Maben Henry. La nuit tombée, refuse de partir et décide de dormir à la belle étoile à l’entrée du rectorat et est soutenu par ses camarades.

Le message du 20 mars dernier publié par l’ADDEC avait donc pour but de sensibiliser les étudiants sur la violation du décret présidentiel par l’arrêté ministériel qui se fait appliqué par le recteur de l’Université de Yaoundé I. Au cours de cette sensibilisation donc, les étudiant membres de cette association ont été perturbés par les gros bras du recteur. Le commissaire du 5ème arrondissement de Yaoundé a interpellé le sieur Maben Henry qui a été relâché plus tard. Vexé, cet étudiant a décidé de se coucher à l’entrée du rectorat et et il refuse de s’alimenter.

Vivement la fin du cafouillage !

Tchakounte Kemayou 

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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