Cameroun: 11 mai 2014, une fête des mères amère pour Josépha Kileba

Josépha Kileba ne connaît pas la fête des mères cette année. Depuis plus de 17 ans, elle a le cœur meurtri. Le monde entier s’agite sur le sort des 223 enfants enlevées au Nigéria par Boko Haram. C’est un groupe d’islamistes et criminels qui a kidnappé les enfant pour une destination inconnue. Pendant ce temps, le Cameroun, ce pays de l’Afrique centrale qu’on dit en miniature, s’illustre dans la bêtise humaine. Depuis 1997, Madame Josépha Kileba se voit retirer ses deux enfants mineurs. Ils ont été enlevés pour une destination inconnue. Tout ça avec la complicité des hauts responsables du ministère des affaires sociales (MINAS).

Josèpha Kileba

Josépha Kileba à la recherche de ses deux enfants/Matango Club/Crédit photo : Collectif SOS Enfants Volés

Les débuts de l’affaire Kileba

L’affaire Kileba commence donc en 1997. Il s’agit maintenant d’une affaire pendante au tribunal de première instance du Mfoundi à Yaoundé. La pauvreté et l’indigence obligent dame Kileba à solliciter l’aide du MINAS. Le ministère place son garçon de 2 ans et sa fille de 5 mois dans sa crèche. Celle-ci est dénommée « Centre d’Accueil des Enfants en Détresse » (CAED). Kileba, lasse des démarches vaines, adressée une lettre aux Camerounais ce week-end. Elle écrit comme suit : « Humble camerounaise, malmenée par la vie, j’avais en dernier ressort, eu recours à la protection de cet Etat ». Voilà ! Un pays qui ne peut plus protéger les pauvres citoyens n’est même un « Etat », c’est une palmeraie.

Madame la directrice du CAED propose à la mère de vendre ou de faire adopter les enfants. « Vendre » ? Quelle audace ! Un refus catégorique de Mme Kileba courrouça la directrice. Face à l’affront, la directrice opta pour la force. C’est donc en 1998 qu’une interdiction catégorique d’accéder au CAED fut signifiée à la mère. Celle-ci n’avait plus alors la possibilité de voir ses enfants. Le début de la galère, quoi. Le vrai malheur commence en 1999. Date où l’information selon laquelle les enfants ont été mis en adoption est parvenue à dame Kileba.

Madame Kileba entame les démarches

En 2000 elle prend l’initiative de mener des démarches auprès de la Délégation Régionale du MINAS pour le centre. Sans oublier le ministère. Mais ces démarches se sont soldés par des échecs. Lasse et déçue par l’attitude irresponsable du MINAS, dame Kileba change alors de stratégie. Elle décide de récupérer ses enfants coûte que vaille. Par la suite, elle adresse donc à cet effet une demande de récupération des enfants le 1er août 2007. Cette demande qui se solde par une fin de non-recevoir du MINAS.

En 2009, plusieurs démarches judiciaires ont été entreprises par la mère sans suite favorable. Le problème c’est que, faute de moyens financier pour engager les procédures, tout bloque. Le 06 janvier, une plainte est faite contre Madame NANA Yvonne, Directrice du centre d’accueil des enfants en détresse. Le 23 juin, une requête aux fins d’intervention a été faite à la Ministre des affaires sociales par Me MBOGMBOG. Le 18 juillet, une requête aux fins d’intervention a été faite à Monsieur le Procureur de la république près du Tribunal de Grande Instance (TGI) du Mfoundi.

La réaction du ministère des affaires sociales (MINAS)

Ce n’est qu’à partir de 2012 que le MINAS, dans sa correspondance du 30 juillet, va enfin sortir de sa réserve pour répondre à une ultime requête de la mère qui veut récupérer ses enfants en ces termes. Les termes de la ministre sont sans appels : « Les enfants sont en bonne santé et sont élevés dans deux familles différentes ». Cette correspondance indique également que « Le ministère se penche sur la situation pour une rencontre entre la famille héréditaire et la famille d’accueil ».

Cette réponse est loin de satisfaire dame Kileba qui veut à tous les prix que ses enfants lui soient remis. Tout de suite, dame Kileba sollicite le concours des associations de défense des droits comme « Cameroun Ô Bosso » (CÔB) et la « Commission Indépendante Contre la Corruption et la Discrimination » (Comicodi) qui se mobilisent autour de ce qui est désormais convenu d’appeler « Affaire Kilèba ». Un avocat spécialiste des droits de l’homme, Me Meli Hyppolite, est sollicité pour défendre les droits à la maternité de dame Kileba.

Les démarches de Me Meli Hyppolite

Depuis 2013, les démarches légales de Me Meli Hyppolite ont consisté à la rédaction d’une lettre adressée au MINAS en vue de récupérer les enfants de dame Kileba. Elle avait d’abord comme objectif « Ouverture d’un droit de visite à la mère, communication des documents administratifs de placement des enfants dans les familles d’accueil ainsi que les frais exposés pour leur éducation ». Ensuite et surtout, à une « Requête aux fins de dessaisissement et de dédommagement du MINAS de l’affaire ». Et enfin à une « Requête aux fins de reconnaissance des droits constitutionnels en représentation d’enfants sous placement provisoire, contrôle en révision judiciaire des mesures administratives des deux enfants recherchés  près le tribunal de grande instance du MFOUNDI ».

Les réactions de la ministre n’ont été que des confirmations des bêtisassions diaboliques qui gangrènent les couloirs de ce ministère qui n’a d’yeux que pour le « non-social ». La réponse du MINAS aux démarches de Me Meli Hyppolite sonne comme un coup de poignard : « Les enfants sont la propriété exclusive des familles d’accueil » d’une part, et d’autre part, « Les enfants vont bien et que les mesures sont en train d’être prises pour une rencontre entre les deux familles ». Voilà donc ça !

Et la suite ?

En ce 11 mai 2014, jour de la fête des mères, pendant que tout un « Etat », le Nigéria, se bat au nom de la dignité humaine, pour retrouver ses enfants kidnappés par Boko Haram, un autre, celui dont je suis originaire, le Cameroun, cet « Etat » voyou se bat pour vendre les enfants au nom de la cupidité et la méchanceté. Quelle est cette fête des mères si amère que je viens de passer-là ?

Voilà que ma Tata adorée, Christiane Oto, mère d’enfants elle aussi et présidente de l’association de droit français La Perche, s’est fâchée et elle n’est pas du tout tendre dans cet état et les mots qu’elle crache sont aussi amers « Au nom de quoi ? De qui ? Pour quoi ? Pour qui ? ». Quand je dis que ce pays me dérange, je le pense sincèrement. Un coup de fil à cette dame me le confirme lorsqu’elle avoue avoir été tentée par la corruption pour la réduire au silence à jamais. Un ami à qui je raconte souvent les bêtises de ce pays a toujours la mauvaise habitude de me répondre en reprenant cette citation « L’Etat est un monstre froid ». Et à moi de toujours lui rétorquer : « Le Cameroun est-il un Etat ? ». Vraiment, le pays-ci !

Tchakounté Kemayou 

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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