Afrique Média et la haine anti-française : les scellés qui créent des remous

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La foule en masse devant les bureaux d’Afrique Média à Ndogbong

La pose des scellés sur les bureaux de la chaîne de télévision Afrique Média à Yaoundé le 06 août 2015 et à Douala le 12 août 2015 par décision, le 4 juillet 2015, du Conseil national de la communication (CNC) continue de déchaîner des passions. Si la fermeture des bureaux de la capitale camerounaise n’a pas connu de couacs, celle de Douala a, par contre, connu une levée de boucliers de la foule qui, le 10 août 2015, s’est opposée en prenant en otage la police venue accomplir la funeste mission.

Ce qui est intrigant dans cette fermeture, ce sont certains commentaires sur les motifs et les sources des scellés. Ça va dans tous les sens. La France est mise au-devant de la scène d’être le commanditaire de la décision du CNC. La raison ? La chaîne Afrique Média serait accusée de véhiculer la haine que beaucoup qualifierait de haine anti-française.

La population de Douala a-t-elle choisi son camp ?
La fermeture d’une chaîne de télé n’a jamais suscité autant de passions au Cameroun et plus particulièrement à Douala. Il me souvient qu’autrefois la population n’avait jamais réagi de la sorte lorsque, Equinoxe, autre chaîne privée (radio et télé) fut fermée, je ne parle même pas de Freedom FM, la mort-née du feu Pius Njawé, son fondateur et directeur de publication du célèbre quotidien Le Messager. Freedom FM, pour rappel, avait été scellée quelques heures (à moins de 24 heures) avant son lancement pour défaut d’autorisation d’ouverture et de licence. Des éléments que la plupart de chaînes fonctionnent sans avoir. Il me souvient aussi que le quotidien Le Messager a eu à subir les foudres du fisc. Tout le monde semble s’accorder sur le fait que toutes ces fermetures ne sont et n’ont été que des abus d’autorité.

La population de Douala ressemblerait étrangement à ce peuple qu’on dit amorphe, apathique. Un peuple qui ne se soulève pas contre les coupures intempestives d’électricité et d’eau, la corruption, le mauvais comportement des fonctionnaires et agents des services publics. Cette population, qui n’a rien fait lorsqu’on ferma Equinoxe et les autres chaînes de télé et de radio, mais se soulève spontanément pour empêcher la fermeture d’Afrique Média. N’aurait-elle pas choisi son camp ? Est-ce parce que la chaîne Afrique Média, dans les envolées lyriques de ses invités, se positionne comme une chaîne anti-française, anti-blanche, anti-occidentale, anti-impérialisme, anti…, anti…, et que sais-je encore ? La population camerounaise a-t-elle soif de haine contre l’Occident ? Ou alors, a-t-elle trouvé que c’est l’Occident qui est la source principale de ses maux ?

La haine anti-française comme ligne éditoriale ? (Par Serge Aimé Bikoi)
Le traitement informatif d’Afrique Média est problématique à plus d’un titre lorsque l’on se décide à tabler sur le procédé scientifique. D’abord, l’orientation des débats interactifs pose un problème au départ. A priori et sur le plan scientifique, quiconque s’attend à un débat à proprement parler, où les arguments sont systématiquement opposés, mieux contradictoires. Mais a posteriori, l’on s’est rendu compte, au fil des semaines, voire des mois, que le débat s’est mué en séries construites de tables rondes, où les consultants adoptent, savamment et soigneusement, la stature de critiques véhéments de la France et des puissances impérialistes. Ils sont, tous, imbibés de leur suc idéologique. C’est un choix ! Et comme dirait Jean-Paul Sartre, philosophe existentialiste: « Tout choix est perte ». Chacun défend, d’ailleurs, ses intérêts et son pécule.

Ensuite, au-delà de cet aspect formel, il s’agit de noter, dans le fond, que le contenu des propos des consultants est essentiellement bourré d’injures, de stéréotypes, de quolibets, bref de clichés orduriers. Pour preuve, il est reproché aux deux modérateurs suspendus pour six mois de n’avoir pas recadré certains panélistes qui se sont enlisés dans le listing des insultes à l’égard des anciens et actuels dirigeants français. En surfant donc, de façon affective et subjective, sur des insultes sans souci de démonstration plausible, un consultant pèche. D’où la sanction du CNC. En ce sens, chaque modérateur devrait être plus vigilant et plus prudent. Le modérateur n’est pas un simple « spectateur dés-engagé » qui laisse les intervenants dire tout et n’importe quoi.

Les enjeux du discours panafricaniste
J’ai toujours eu la faiblesse de penser que le panafricanisme ne peut se réduire simplement ni à un discours, ni à un curieux antagonisme anti-Français, anti-Blanc ou anti-Occidental. Si nous ne commençons pas par bâtir un projet panafricain basé sur une réelle construction stratégique endogène, les discours resteront des verbiages et du bavardage stérile. Les exemples de la Chine et de l’Asie aujourd’hui ne sont-ils pas suffisants pour nous édifier ? Nous donner des pistes pour construire une Afrique digne de ce nom au-delà des cris d’orfraie ?

Qu’on se comprenne très bien, je ne fais pas de diatribe contre Afrique Média et ses fans pour me mettre du côté des anti-Afrique Média. Ce qui arrive à cette chaîne de télé c’est ce que les autres ont connu (Royal Fm, Sky one radio) et il existe des chaînes encore plus dangereuses.Les décisions de fermeture ou de scellé ne sont pas prises de façon à rendre une justice équitable. Ce sont toujours des décisions à tête chercheuse. Malgré les insuffisances que j’ai déplorées plus haut, la meilleure solution ne consistait pas en une fermeture qui devient impopulaire. Le recadrage aurait suffi pour dire, non seulement à cette chaîne, mais à toutes les autres, que les discours de haine ne suffisent plus. Je ne suis pas un idiot non plus pour savoir qu’en Occident, il existe des médias de propagande et de désinformation. La propagande de la journaliste du Times, Judith Miller, sur les armes de destruction massive irakiennes, pivot de la propagande de guerre contre l’Irak avant l’invasion de 2003, constitue une preuve plus récente de la désinformation véhiculée par ce quotidien faisant figure d’autorité dans la sphère médiatique. La seule explication possible est qu’elles l’ont fait sciemment dans le but de tromper l’opinion publique.

D’ailleurs, pourquoi se voiler la face ? N’y a-t-il pas de médias en Occident qui produisent la haine du Noir ou de l’Africain ou alors le mépris de sa personne ? Une certaine opinion bien avisée avoue même que ces médias occidentaux sont ceux qui, continuellement, « dévalorisent le Noir et son continent de manière subtile ou à peine voilée. Si l’Afrique a aujourd’hui une triste image dans la tête de beaucoup d’Occidentaux (continent de maladies, de famines, de guerres, etc.). C’est bien en grande partie à cause de leurs médias qui ont pris le parti pris inique de toujours présenter l’Afrique sous son mauvais côté et de « taire » tout ce qui est positif ». J’avoue que cette position m’intrigue au plus haut point parce que je ne vois pas en quoi cette irresponsabilité des médias occidentaux qui font dans la haine nous concernerait. Devrons-nous répondre du berger à la bergère ? La haine occidentale doit-elle automatiquement avoir pour réponse une haine africaine ?

Tchakounté Kémayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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