Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun

Le problème anglophone a ceci de particulier et d’objectif qu’il n’est pas ethnique. Il a l’avantage de dépasser les clivages du tribalisme, fléau en pleine expansion. Ce dépassement de clivage lui donne un enjeu universel par sa spécificité de rassembler tous les particularismes culturels et anthropologiques. Sur cet aspect précis, tout le monde semble unanime. Son inconvénient, par contre, qui suscite encore beaucoup de débat au sein de l’opinion, est qu’il prend son fondement dans la distinction linguistique de nature coloniale (anglophone et francophone).

En ce sens, le problème posé sous ce prisme linguistique étranger est biaisé pour la simple raison qu’il n’est pas fondé sur l’identité culturelle du peuple en question. Malgré le crédit qu’on peut accorder à cette théorie, il est tout de même à noter que la prégnance, la permanence, la persistance et la résistance de ce peuple anglophone dans la lutte pour la revendication de sa différence avec les francophones, donne à penser qu’il y a quelque chose qui les distingue effectivement de ces derniers et qui échappe aux analyses lorsqu’il arrive d’aborder le questionnement sur l’existence ou non d’un problème anglophone. Commençons par situer le débat avec l’arrivée de la France et de la Grande Bretagne au Cameroun.

Le monument de la réunification du Cameroun et persistance du problème anglophone

Le monument de la réunification du Cameroun : Symbole de l’amplification du problème anglophone ?

Douala comme point d’ancrage et fondement de la naissance de l’Etat (?)

C’est en 1884 que le premier texte juridique reconnu sur le plan du droit international sera signé entre l’Allemagne et le Cameroun. C’est cette année-là que le gouvernement Allemand avait dépêché Gustav Nachtigal pour rencontrer les chefs Dualas qui occupaient l’estuaire du fleuve Wouri à Douala. Sa mission ? Négocier la mise sous tutelle allemande du Cameroun. Ce navigateur allemand avait donc réussi à obtenir la signature de deux traités dont le premier avait été visé le 12 juillet de la même année. Dans ce traité qui est le premier texte juridique de droit international, le nom du territoire s’écrivait « Kamerun » et non « Rio dos Camaroes » comme l’appelaient les Portugais ou « Cameroon River » comme l’appelaient les Britanniques ou même « Cameroun », pour les Français.

Au cours de la première guerre mondiale, ce sont les troupes Françaises, Britanniques et Belges qui étaient au Cameroun. A la fin de cette guerre qui avait connu la défaite cuisante des troupes d’Hitler , il convenait donc à la SDN de mandater ces puissances coloniales pour la gestion des anciens « colonies » allemandes, notamment le Cameroun. C’est ainsi que le Cameroun Oriental a été confié à la France depuis 1916 et de jure depuis 1919, et le Cameroun Occidental (Northern Cameroons et le Southern Cameroons) à la Grande Bretagne en 1022. La tutelle n’a été exercée, par les deux colonies, qu’en 1945, après la signature d’un accord avec l’ONU. Ces précisions sur les tutelles allemandes, françaises et britanniques valent la peine si l’on veut bien comprendre les tenants et les aboutissants du problème anglophone afin de cerner ce qui fait la spécificité de ce peuple.

Qu’est-ce qui fait la spécificité du peuple anglophone ?

Cette spécificité vient particulièrement du mode de gestion des ces anciennes colonies ou territoires arrachés aux Allemands. En fait, les administrations françaises et britanniques se distinguaient par leur modes de gestion de ces colonies. Il faut d’ailleurs signaler que ces puissances coloniales, malgré le statut particulier du Cameroun, géraient le Cameroun comme les autres colonies mises sous leur responsabilité. C’est ainsi que les systèmes de direct rule et d’indirect rule furent appliqués respectivement par les Français et les Anglais dans leurs territoires respectifs.

En bref, la particularité de ces deux systèmes se situait sur le mode de responsabilité que l’administration coloniale confiait au peuple dit indigène (native-authorities). Chez les Français, l’administration est directe parce que chaque colonie avait, à sa tête, un gouverneur Français : c’est le direct rule. Par contre, chez les britanniques, ce sont les chefs indigènes qui assuraient l’administration de leur territoire. Ils étaient donc chargés de gérer ces territoires eux-mêmes et rendaient simplement compte au colonial office (ministère des Colonies). Ils étaient donc fonctionnaires britanniques à part entière : c’est l’indirect rule.

Les autorités britanniques déterminent les grandes orientations et en laissent la mise en œuvre aux autorités indigènes. Par ailleurs, les autorités britanniques gardent la mainmise sur le commerce, l’exploitation des ressources économiques et minières et l’administration des Européens » (Wikipedia).

Ce qui fonde donc la spécificité des anglophones, pas seulement au Cameroun, mais en Afrique toute entière, c’est justement, cette capacité que ce peuple a à se prendre en charge lui-même et ne pas se laisser dicter son administration par une métropole. Cette gestion appliquée par les Britanniques est d’ailleurs présentée comme la meilleure pour la simple raison qu’elle a permis aux peuples, contrairement aux francophones, d’asseoir une autonomie, forme de développement auto-centré, tant social, économique que politique. En terme de comparaison, en mettant sur la balance les pays francophones et anglophones d’Afrique, la différence est nettement perceptible en faveur des pays d’expression anglaise. Cette tutelle, avec ce mode de gestion, persistera jusqu’à l’obtention de l’indépendance de ces deux territoires Camerounais.

En dehors des luttes de libération pour l’indépendance totale du Cameroun menées par l’UP, tout allaient très bien jusqu’à ce que les deux Cameroun obtiennent leur indépendance. Le 1er janvier 1960, indépendance de la partie francophone avec comme Président, feu Amadou Ahidjo, et le 1er octobre 1961 pour la partie anglophone avec comme Premier ministre du Southern Cameroons, feu John Ngu Foncha. Le Northern Cameroons avait choisi, à travers un référendum (60% contre 40%), de rallier le Nigéria (11 juin 1961), indépendant depuis 1960. D’où est donc venue cette fameuse idée de rapprocher les deux Cameroun ?

A SUIVRE : Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite)

Tchakounte Kemayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

4 réflexions au sujet de « Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun »

  1. le système de gestion laissé par les colonies n’est en lui même pas un problème mais c’est plutôt l’esprit jongleur des politicards et profiteurs du système néocolonial qui s’accrochent sur le centralisme à outrance des ressources du pays qu’ils accumulent et se les partagent impunément. ils trouvent en fait que l’autonomisation des régions décentralisées devra réduire leurs divers détournements donc l’unité de valeur au Cameroun est le milliard car nos frères anglophones qui réclament le fédéralisme le font parce que rien de sérieux et de concret comme une bonne décentralisation ne leur a jamais été proposé.

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