Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite et fin)

Le problème anglophone ne s’exprime que par des ressentiments. Avec tout ce que les délégués anglophones ont subi d’humiliations à Foumban, il ne saurait avoir la paix dans le coeur. A la suite de cette conférence, beaucoup d’actes politiques ont suivi comme des référendums et des décrets, mettant ainsi en cause des acquis, quoique médiocres, obtenus par Foncha et sa suite, à Foumban. Quels sont les éléments, en particulier, des symboles qui ont, jusqu’aujourd’hui, irité les anglophones au point d’aller jusqu’aux idées extrèmistes de séparatisme ?

Problème anglophone : la renonciation au fédéralisme pour incompatibilité avec la centralisation

Selon Fernand Dehousse (1906-1976), professeur de droit international, la nature du régime dictatorial du président Ahidjo fondé sur la centralisation et la concentration du pouvoir politique d’une part et le fédéralisme décidé à Foumban d’autre part, bien que celui-ci soit biaisé, ne font pas bon ménage. Il fallait à tout prix s’en débarrasser pour consolider le pouvoir politique. Le professeur de droit international définit d’ailleurs le fédéralisme de la manière suivante :

Il y a pour ainsi dire autant de fédéralismes que d’États qui vivent sous des régimes fédéraux. C’est un régime qui naît de l’histoire, approprié aux besoins de chaque peuple et qui, par conséquent, présente un grand nombre de variantes. Mais il y a toujours dans tous les systèmes de fédéralisme un fond commun. Ce fond consiste à enlever au pouvoir central un certain nombre d’attributions.

Cette conception du fédéralisme démontre à souhait les raisons de la suppression de l’Etat fédéral par Ahidjo. C’est ainsi qu’en 1972, feu le Président Amadou Ahidjo décide, unilatéralement, de changer la forme de l’Etat en passant de la « République fédérale du Cameroun » à la « République unie du Cameroun« .

Problème anglophone : la renonciation au fédéralisme sur ordre de Paris

Selon l’écrivain Enoh Meyonmesse, c’est la France qui est derrière cette histoire de suppression du fédéralisme. Après la découverte d’une nappe de pétrole au Cameroun Occidental, la seule solution pour l’exploiter paisiblement, c’était d’abolir le fédéralisme. La France craignait justement les troubles dans cette zone qui n’est pas bien éloignée de celle de la guerre de sécession du Biafra. Sur ordre de Paris, Ahidjo organisa un référendum le 20 mai 1972 dont les deux options étaient « Oui » et « Yes » (bulletin blanc) et « No » et « Non » (bulletin gris foncé) pour l’abolition du fédéralisme. Aucun bulletin avec les mentions « No » et « Non » n’étaient visible dans certains bureaux de vote. C’est le « Yes » qui l’emporta finalement.

Ce coup de force constitue un hold-up électoral, un coup d’Etat, une source du problème anglophone. Paul Biya, le président actuel, au pouvoir depuis 1982, vient parachever l’oeuvre ubuesque de son prédécesseur en ôtant carrément le terme « Unie » en janvier 1984. D’où la « République du Cameroun » actuelle, synonyme de la situation du Cameroun d’avant le 1er octobre 1972, date de la réunification. Les anglophones considèrent cette appellation de « République du Cameroun », identique à celle du Cameroun oriental, comme absorption, voire comme une annexion du Cameroun Occidental (anglophone) par le Cameroun Oriental (francophone).

Problème anglophone : le banditisme politique des symboles

L’abandon du fédéralisme est considéré, par les anglophones, comme une trahison. Pourquoi ? Pour la simple raison qu’il est manifestement un banditisme politique que Enoh Meyonmesse a pris le soin de démontrer dans son ouvrage cité plus haut, sans oublier l’hypothèse de la concentration du pouvoir évoquée par Fernand Dehousse. Du coup, l’Etat central et centralisé de Yaoundé va adopter des politiques d’austérité qui vont mettre à l’écart les citoyens Camerounais d’origine anglophone. En d’autres termes, ils perdaient, petit à petit, les avantages, les faveurs et les privilèges qui leur étaient accordés au temps du fédéralisme. Ce sentiment de marginalisation les confortent dans la posture de faire-valoir qu’ils décrivent comme la conséquence de la violation des accords de Foumban.

En plus des référendums et des décrets sur la modification du statut de l’Etat Camerounais, il y a aussi des symboles comme le drapeau qui va changer au gré des convenance de Ahidjo et de Biya. A l’ouverture de la conférence de Foumban, il n’existait que le Cameroun occidental (francophone) qui avait son hymne national (la version actuelle) et son drapeau (le vert rouge, le rouge et le jaune en bande verticale de parts égales) sans étoile. C’est l’hymne national des francophones qui sera alors exécuté. Seul, le délégué anglophone Bernad Fonlon, maîtrisait cette version. Cet hymne qui sera traduit plus tard en anglais a été maintenu et le même drapeau plus deux étailes dorés seront ajoutés en vertical au dessus de la bande verte, seront adoptés à la fin de la conférence. A la fin du fédéralisme, un seule étoile dorée sera maintenue, mais, cette fois-ci, positionnée au centre de la bande rouge.

Les deux actes posés par Ahidjo (la suppression de la « République Fédérale du Cameroun » pour la « République Unie du Cameroun » à travers un référendum bidon) et par Biya (la suppression de la « République Unie du Cameroun » pour la « République du Cameroun » par un décret) constituent les germes de la naissance, d’une part des idéologies du fédéralisme dans certains partis politique comme le SDF et et d’autre part des mouvements de sécession, notamment celui du SCNC.

Tchakounte Kemayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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