Pourquoi le plan Marshall pour l’Afrique de Nicolas Sarkozy est-il un leurre ?

La France vit, en ce moment, au rythme de la primaire au parti Les Républicains. Ce qui est intéressant, c’est justement le fait que que cette primaire se déroule dans un contexte où les populations Africaines et Camerounaises en particulier sont vertement remontées contre la politique africaine de la France.

Beaucoup d’intellectuels, sous le prisme du panafricanisme, estiment d’ailleurs que l’intervention de la France dans les affaires intérieures des pays Africains est très et même trop paternaliste. Cela donne alors l’impression de penser que ces pays, malgré qu’ils soient indépendants ne le sont pas pour la simple raison que la France, ancienne colonie, n’est pas prête à lâcher du lest. Ces situations de paternalisme sont généralement visibles lors des élections locales, particulièrement celles des présidentielles. Les exemples les plus fragrants sont les cas de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Burkina Faso, le Congo-Brazzaville, le Tchad, le Cameroun, le Gabon, etc. Même les pays ne faisant pas partie de la horde des colonies Françaises n’échappent pas à cette fougue de la puissance coloniale : la Libye.

DAVOS/SWITZERLAND, 27JAN11 - Nicolas Sarkozy, President of France, gestures during the session 'Vision for the G20' at the Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 27, 2011. Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager

DAVOS/SWITZERLAND, 27JAN11 – Nicolas Sarkozy, President of France, gestures during the session ‘Vision for the G20’ at the Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 27, 2011.
Copyright by World Economic Forum
swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager

Les positions des leaders de la droite Française sur l’Afrique

Les périodes électorales sont de plus en plus secouées et finissent par des contestations si ce n’est pas une crise socio-économique. Cette période post-électorale marquée par des crises sont la conséquence des lois non consensuelles que les populations attribuent à tort ou à raison à la communauté internationale dont la chute du régime ne garantirait pas son intérêt. C’est particulièrement le cas d’un certain nombre de régime comme du Cameroun où le président Biya règne en maître depuis 35 ans nonobstant la contestation des résultats des présidentielles. C’est l’une des raisons du sentiment anti-Français qui a cours en ce moment.

Le contexte a été saisi par RFI pour inviter les candidats à la primaire de donner leur avis sur la politique Africaine de la France qu’ils vont appliquer au cas où ils deviendraient président de la République. Les avis sont alors partagés entre un François Fillon qui pense que les Occidentaux ne doivent plus « s’ingérer dans la politique Africaine » et un Bruno Le Maire qui postule que France doit cesser cette « relation parfois incestueuse, parfois compliquée ». Tandis que Jean-Frédéric Poisson par de limiter la migration Africaine à travers un investissement accru des industrie françaises en Afrique, Nathalie Kosciusko-Morizet va dans le même sens en insistant sur le constat selon lequel « l’Afrique est une maison en construction ». Jean-François Copé, comme Alain Juppé, parle s’accordent, selon eux, sur la nécessité qu’a la France, de construire un nouveau partenariat avec les pays Africains qui se démarqueraient par leur dynamisme.

C’est la position de Nicolas Sarkozy qui a le plus soulevé des polémiques comme son discours de Dakar le 26 juillet 2007. Pour cet ancien président de la République, l’Afrique n’est pas à sa place dans « l’organisation internationale du monde » d’aujourd’hui. Si « l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’histoire », c’est parce qu’on lui dénie toutes les mérites qui sont les siennes, notamment : une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU avec comme innovation l’introduction de deux membres permanents réservés à l’Afrique, l’Afrique doit avoir son mot à dire dans la gestion des grands dossiers du monde, ce qui représente l’entrée de l’Afrique du Sud dans le G20 :

Qu’est-ce que je dis aux Africains ? Qu’ils n’ont pas la place qu’ils méritent dans l’organisation internationale du monde. Je n’accepte pas qu’il n’y ait pas un seul pays africain membre du Conseil de sécurité. Membre permanent, pas membre élu. Dans mon esprit, il en faudrait au moins deux. J’ai parlé de la nécessité pour l’Europe de construire un grand plan Marshall. Je veux le conditionner à un accord sur la lutte contre l’immigration clandestine et l’obtention des visas. Et notamment des visas de retour. L’Afrique doit prendre toute sa place dans la gestion des grands dossiers du monde. C’est pourquoi j’ai voulu que l’Afrique du Sud soit membre du G20, et que je veux la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies avec deux postes pour l’Afrique.

Cette position de Nicolas Sarkozy qui affronte Alain Juppé, les deux favoris de la primaire de la droite, a provoqué des réactions mitigées. Beaucoup dont la plupart des adversaires de Sarkozy, ont admis un retour au réalisme après le discours de Dakar. Cette position, par contre, a provoque l’ire de certains Africains qui la considère comme de la roublardise politique. Ces critiques acerbes contre Sarkozy ne sont pas seulement restées au niveau des réseaux sociaux où la contestation est plus vives. Elles se trouvent aussi dans le site de campagne et la page facebook du parti Les Républicains où le citoyen Camerounais Daniel Claude Abate, se réclamant du parti au pouvoir (RDPC) avec une tendance droitiste, a déposé une lettre adressée à Nicolas Sarkozy. Je vous livre ici l’intégralité de la teneur de cette missive.

L’intégralité de la lettre adressée à Nicolas Sarkozy

Cher monsieur Sarkozy,

 

Sans que l’on sache si vous êtes sincère (ce n’est pas la qualité première qu’on vous reconnaît le plus mais qui sait seuls les imbéciles ne changent) ou si c’est encore une espièglerie ou manœuvre de communication politique de votre part afin de faire remonter votre campagne pour les primaires de la droite qui bat de l’aile en ce moment, vous venez de promettre que si vous êtes élu à la tête de la France en 2017, vous proposerez « un grand plan Marshall de développement pour l’Afrique ». Sachant ce que le plan Marshall a fait pour l’Europe de l’ouest après la 2nde guerre mondiale, mon cœur veut bien vous croire mais ma petite tête d’Africain « qui n’est pas assez entré dans l’histoire (…) et qui vit dans un éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles » (dixit votre discours à Dakar le 26 juillet 2007), refuse de vous croire. Non je ne vous crois pas et pour cause…

 

Dois je déjà vous rappeler que le Plan Marshall initial auquel vous faites référence (baptisé officiellement après son élaboration « Programme de rétablissement européen », ou « European Recovery Program » en anglais) était un programme américain de prêts accordés aux différents États de l’Europe pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées lors de la Seconde Guerre mondiale. En 5 ans seulement, de 1947 à 1951, les USA injectèrent plus de 230 milliards de dollars US (soit plus de 138.000 milliards de FCFA = 35 fois le budget national annuel de mon pays le Cameroun )! Sans cette injection massive d’argent, l’Europe ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui et personne ne se souviendrait de ce plan. Alors je vous pose ces 2 questions :

 

1. Sur quoi comptez vous, vous, pour financer un plan d’une telle envergure pour l’Afrique alors même que nous savons tous que votre pays est économiquement en déclin avec partout des comptes publics en déficit ? Ou comptez vous « voler » l’argent qu’il faut pour réaliser un tel plan ? Allez vous puiser dans votre cagnotte personnelle où se trouvent certainement une bonne partie des 50 millions d’euros que Kadhafi donna pour financer votre campagne en 2012 ? Ou dans les recettes de la revente du pétrole Libyen sur lequel vos amis ont fait main basse dès la chute de Kadhafi ? Oui je suis très curieux de savoir où vous trouverez de l’argent pour lancer votre fameux plan Marshall de développement de l’Afrique mon continent. Les américains ont pu faire leur plan Marshall car ils avaient l’argent et beaucoup d’argent même. Vous, votre plan Marshall, vous allez le faire avec des cailloux ou des cacahuètes ?

 

2. Ici au Cameroun que vous n’avez pas daigné visiter durant tout votre mandat à l’Elysée, le citoyen lambda ou l’homme de la rue, quand il est dépassé par les événements a l’habitude de commencer ces questions par : « Je dis hein…?? » Alors permettez moi, cher Monsieur, de commencer ma 2ème question par cette formule et dans un style propre à nous car je suis moi aussi dépassé : Je dis hein, vous les (hommes) politiques français là, vous ne pouvez jamais faire vos choses la-bas sans nous mêler ? C’est même comment avec vous ? Laissez un peu l’Afrique et les africains tranquilles. On ne veut plus rien de vous qui ressemble à la pitié ou la compassion et on n’attend plus rien de vous. Excusez un peu nos vies et occupez vous de vos compatriotes dont près de 5 millions sont au chômage ainsi que de votre colossale dette estimée aujourd’hui à plus de 2000 milliards d’euros (près de 10 fois le coût du plan Marshall). Vous avez vous même récemment demandé aux Gabonais d’aller revendiquer et contester les résultats de leur élection présidentielle au Gabon et non pas en France. Vous aussi oubliez nous donc un peu.

 

Depuis la campagne des primaires aux USA jusqu’au 1er débat télévisé entre Mme Hillary Clinton et M. Donald Trump, les avez vous entendu parler de l’Afrique ou lui faire des promesses à dormir debout ? Non. Les chinois parlent-ils de nous dans leur campagne alors qu’ils sont de plus en plus présents en Afrique et construisent des infrastructures ? Non plus. Vous vous en êtes encore qu’au stade des primaires de votre parti, dont vous n’êtes même pas déjà sûr de gagner au vu des sondages qui vous donnent perdant, et que de toutes les façons n’auront pour votants que les citoyens français, que déjà vous brandissez des grands plans pour nous. Non merci. Imitez les américains et les Chinois et coller nous un peu la paix. Oui la paix, la vraie paix que vous avez mis en péril dans toute la zone sahélienne, en Afrique de l’ouest et à l’extrême Nord de mon pays en permettant à des groupes terroristes, rebelles et extrémistes d’avoir accès à tout l’arsenal moderne de guerre que vous avez déversé en Libye.

 

Je vous invite donc à vous concentrer aux réalités franco-françaises pour votre campagne et à nous laisser tranquilles. Ce n’est pas avec des plans de fumisterie pareille que vous allez réussir à vous réconcilier avec les Africains. Votre promesse de plan est de la poudre aux yeux. Et c’est un africain de droite comme vous qui vous le dit. VOTRE PLAN NOUS N’EN VOULONS PAS et même si nous le voulions vous n’auriez pas les moyens de votre politique. Les électeurs d’extrême droite que vous draguez comme un lycéen ne vous laisseront pas le faire de toutes les façons.

 

Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

 

Daniel Claude ABATE
Citoyen Camerounais

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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